
Yaoundé, 13 juin 2023 (CAPnews) – Le président du Social Démocratic Front (SDF), Ni John Fru Ndi s’est éteint ce lundi 12 juin à 23h30 à Yaoundé. Il avait 81 ans. L’ensemble de la classe politique camerounaise salue une personnalité qui a marqué l’histoire du pays lors de l’avènement de la démocratie. Entre souvenirs personnels et glorification de son action politique, le Cameroun politique a exprimé sa vive émotion. Évoquant « l’un des hommes les plus influents de l’histoire politique du Cameroun »
Fils de Joseph Ndi et de Suzanna Angoh, tous paysans, il est né le 7 juillet 1941 à BabaII dans le département de la Mezam, région du Nord-Ouest.
Fru Ndi John commence sa carrière politique comme militant de l’Union Nationale Camerounaise (UNC), puis du RDPC. De 1987 à 1990, il est Conseiller Municipal du RDPC pour la commune urbaine de Bamenda. Candidat à l’élection législative de 1988, il est battu par Simon Achidi Achu. Mécontent des circonstances entourant son échec, il décide d’adresser une requête au Président de la République le 25 avril 1988. Elle est restée sans suite favorable.
L’opération ville morte
Le 11 novembre 1989, dix personnalités de haut vol et considérées depuis comme les pères fondateurs du SDF se réunissent à Bamenda et créent le SDF. Fru Ndi est désigné comme Leader du mouvement. Parmi les dix on retrouve Bertrand Muna, Albert Mukong, et Siga Asanga. Le 29 mai 1990, lors du lancement de ce parti à Ntarikon Park à Bamenda, dix militants trouvent la mort. En mai 1991, une coalition des partis de l’opposition camerounaise parmi lesquels le SDF lance l’opération dite « ville morte » afin d’obtenir du pouvoir l’organisation d’une conférence nationale Souveraine. Le 13 novembre 1991, ces partis signent la déclaration de Yaoundé. Le SDF de Ni Fru Ndi n’apposera pas sa signature au bas de cette déclaration. Yondo Black, Jean-Jacques Ekindi et Victorien Hameni Bieleu qui ont également refusé de valider les accords de Yaoundé, vont avec Fru Ndi constituer en févier 1992 à Nkongsamba l’alliance Souveraine (ARC – CNS).
En mars 1992, le SDF boycotte les premières élections Législatives pluralistes. Candidat à l’élection Présidentielle du 11 octobre 1992, Fru Ndi s’auto-proclame vainqueur le 21 octobre avec 38,67% contre 36,86% pour son rival Paul Biya. Le 23 octobre 1992, la Cour Suprême déclare Paul Biya vainqueur avec 39,9% des voix contre 35,9% en faveur de Fru Ndi. Ce dernier conteste les résultats officiels sans succès. En réponse, le pouvoir décrète l’état d’urgence sur l’étendue de la région du Nord–Ouest et place Fru Ndi en résidence surveillée.
Boycotts et accessits aux élections
Aux élections municipales de janvier 1996, le SDF devient le premier parti d’opposition en remportant 62 communes. Cette place sera confirmée aux élections législatives de mai 1997 lorsque le SDF remporte 43 des 180 sièges de l’Assemblée Nationale. A l’élection Présidentielle du 12 octobre 1997, le parti de Fru Ndi prône le boycott, réclamant un scrutin à deux tours et la création d’une commission Électorale Indépendante. Lors de l’élection Présidentielle suivante, celle d’octobre 2004, Fru Ndi John est battu par le candidat du RDPC, Paul Biya. En 2011, il se présente une dernière fois à l’élection présidentielle et il arrive deuxième derrière son éternel adversaire le président Paul Biya.
Avant sa mort, John Fru Ndi a tenté de faire le ménage dans son parti qui a perdu de son éclat à la suite nombreuses crises. Ses tentatives de réorganiser la famille politique ont été des échecs. Le SDF est plus que jamais divisé. Plusieurs cadres ont démissionné, d’autres ont été purement et simplement exclus. Il avait décidé de se retirer de la direction de son parti politique lors de la prochaine convention de son parti.