
Blaise Andzongo, le fondateur de l'Association EDUk Média, Janvier 2023 (D.R)
Yaoundé, 09 mai 2023 (CAPnews) – Passionné d’Education aux Médias et à l’Information (EMI), Blaise Andzongo a fondé en 2016 l’assocation EDUk-MEDIA. Une initiation louable qui lui a ouvert des portes en Afrique et dans le monde. Il est consultant international en EMI pour plusieurs organisations internationales et en même temps formateur dans plusieurs pays. Parallèlement à la vie associative, il mène des études doctorales en psychologie de la communication et des recherches axées sur la réception et le partage des fake news.
⦁ Bonjour M. Blaise ANDZONGO, toutes nos félicitations, vous avez été élu en avril 2023, représentant africain de « The Unesco Alliance for Media and Information Literacy ». De quoi s’agit-il exactement ?
L’Unesco MIL Alliance qui est l’Alliance de l’Unesco pour l’éducation aux médias et à l’information (EMI) est un regroupement d’experts et d’organisations spécialisées en EMI dans le monde entier et dont le but est de réfléchir sur les programmes, les plans d’actions et les stratégies à mettre en place pour promouvoir l’EMI dans le monde.
En devenant le représentant Afrique de cette association, je porte la responsabilité de pousser les acteurs institutionnels ou non à engager des actions concrètes pour une alphabétisation numérique et informationnelle des populations. Cela passe forcément par l’identification et la mise en commun des experts africains du domaine de l’EMI et l’élaboration commune de propositions qui pourront servir de balises pour implémenter l’EMI avec nos spécificités africaines.
⦁ Pourquoi avoir créé Eduk Média ?
J’ai créé l’association EDUk-MEDIA en 2016 pour apporter aux consommateurs et producteurs de contenus informationnels, les clés pour être des citoyens avertis, avisés et responsables dans leurs contacts avec les médias, le numérique et les informations. Vous savez comme moi que l’année 2016 marque le début de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ce qui a également contribué à la propagation de discours de haine et de la désinformation à travers les réseaux sociaux notamment.
Il était donc nécessaire de donner des compétences aux internautes, non seulement pour identifier la manipulation à travers les médias, mais également y apporter des réponses adaptées pour que notre pays ne s’embrase pas plus.
⦁ La vie associative n’est pas une sinécure au Cameroun. Quels sont les problèmes auxquels est confrontée votre association ?
Comme la majorité d’organisation de jeunes, nous avons et faisons face à l’éternel problématique du financement qui permettrait de mener régulièrement nos activités et prendre en charge les jeunes qui travaillent au quotidien avec nous. L’incapacité à à toujours fournir le nécessaire de survie aux jeunes, nous avons connu beaucoup de déperdition.
Notre association peut-être plus que beaucoup des associations est passée par l’étape de la longue lutte pour sa reconnaissance. Ceci parce que le domaine de l’EMI n’est pas encore bien connu avec des contours pas très bien définis. Il a donc fallu que nous menions une campagne acharnée auprès des autorités pour être aujourd’hui reconnue comme l’une des organisations africaines les plus prolifiques dans le domaine. Nous avons d’ailleurs reçu le prix EMI 2023 pendant les assises internationales de Tours en France.
⦁ Votre association œuvre essentiellement dans l’Education aux Médias et à l’Information (EMI), quelle est la situation de l’EMI au Cameroun ?
Il faut reconnaitre que la prise de conscience des autorités camerounaises en ce qui concerne l’EMI a relativement évolué par rapport à nos débuts. Nous recevons des demandes de quelques ministères pour mener des activités de formation, ce qui n’était pas forcement le cas. Déjà même, la notion d’EMI est de plus en plus employée au Cameroun, en grande partie grâce aux conférences d’envergures internationales que nous avons organisées au Cameroun depuis 2019 avec le soutien de certains de nos parrains comme le Pr. Maingari Daouda, le Pr. Ebale Moneze et le Dr. Baba Wamé.
Malheureusement, l’EMI n’est pas toujours inscrite comme une politique publique au Cameroun et n’est pas encore intégrée dans les programmes scolaires tel que nous l’avons souhaité. Néanmoins, le combat reste permanent pour en faire une discipline qui serait enseignée dès le plus bas âge, afin d’avoir des jeunes armés et pouvant apportés une riposte aux nombreuses dérives sur internet.
⦁ Que pourrait changer Eduk Média dans un pays où le discours de haine et la désinformation ont atteint des niveaux inquiétants ?
La contribution d’EDUK-MEDIA reste très modeste, elle ne peut faire qu’une petite tache d’huile jusqu’à ce que les autorités ne décident de faire de l’EMI une « affaire de tous ». Toutefois, les activités que nous menons, ont fait émerger de nombreux citoyens comprenant les enjeux du numérique. Vous pouvez aussi observer de nombreuses associations que nous avons formés ou qui ont été inspirées par notre travail et qui mènent régulièrement des activités auprès des populations.
Dans le cadre de la désinformation, nous avons accompagnés l’UNESCO dans la production d’un manuel d’EMI dans lequel les problématiques de la désinformation et des discours de haine sont clairement abordées. Il reste juste une appropriation de ce manuel par les différents acteurs nationaux.
⦁ Vous participez régulièrement aux séminaires et autres colloques sur l’EMI. Qu’avez-vous appris de ces rencontres et échanges ?
La première observation est que l’EMI est devenue une priorité mondiale. Tant au niveau des nations unis qu’au niveau de l’Union Européenne, des textes de lois et des déclarations demandent clairement une introduction de l’EMI dans les programmes scolaires. Ce qui n’est pas encore forcement le cas au Cameroun et même en Afrique où les enjeux du numérique et des questions comme l’intelligence artificielle semblent ne pas être très bien saisies par les gouvernants.
⦁ En France, il y a le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI), pensez-vous qu’une structure pareille soit possible au Cameroun ?
Il est évident que la création d’une structure essentiellement dédiée à l’EMI telle que le CLEMI ferait beaucoup de bien à notre pays. Pour rappel, le CLEMI en France a été crée pour apporter des outils, de la formation et de l’expertise au système éducatif, notamment aux écoles dans lesquelles elles mènent la majeure partie de ses activités.
Pour mettre sur pied une telle initiative, il faut premièrement une prise en compte de ce domaine de connaissance par les autorités. Cette prise en compte signifie qu’il faudra savoir qu’il s’agit d’un nouveau domaine de connaissance avec outils et ses méthodes et qui n’est pas l’apanage de monsieur tout le monde. Il faudra par la suite identifier les acteurs et spécialistes clés qui pourront faire évoluer ce domaine. Enfin, il faudra s’engager à mettre des moyens à disposition pour donner à la structure l’autonomie de réflexion et d’intervention.
⦁ Quel rôle devrait jouer l’Etat du Cameroun dans la promotion de l’EMI ?
L’Etat est garant de la mise en place de toutes politiques publiques qu’elle trouve pertinente pour le développement social. En ce qui concerne l’EMI, le premier défi reste la prise de conscience de son importance de l’EMI par les autorités. Cela devra précéder une forte volonté de l’implémenter à tous les niveaux de la société.
Pour avoir des citoyens qui maitrisent les enjeux et qui participent à la vie démocratique dans un monde de plus en plus digitalisé, il convient d’introduire l’EMI dans les programmes scolaires. Cela nécessite également de former les enseignants à cette nouvelle discipline et de lui accorder des financements importants.
L’Etat doit donc garantir l’éducation aux médias et à l’information de tous ses citoyens pour en faire des personnes avisées, qui savent s’approprier efficacement les médias et qui ne tombent pas dans le piège de la manipulation, des discours de haine et de toutes les dérives présentes en ligne.
⦁ L’EMI requiert courage et patience. Quels sont vos objectifs à court et moyen termes ?
A très court terme, notre objectif est de former un maximum d’acteurs qui pourront amplifier des actions sur le terrain, auprès des populations.
A moyen terme, il sera question de mobiliser les acteurs africains pour un plaidoyer fort en ce qui concerne la prise en compte de l’EMI dans les organisations africaines.
Il est vrai que cela nécessite un accompagnement financier et un soutien institutionnel. Pour cela, nous allons compter sur nos partenaires internationaux et continuer de faire le plaidoyer auprès des autorités.
⦁ Avez-vous un message à l’attention de la jeunesse camerounaise voire africaine ?
Je dis aux jeunes de voir internet comme un boulevard d’opportunités pour les africains. Les aspects positifs que regorgent cet outil peuvent leur permettre de réduire le gap économique qui existe entre les autres et nous. Il leur suffit de capitaliser positivement leur présence dans les médias. De plus, les métiers du numériques sont en perpétuelle évolution, il est encore temps de massivement s’y investir et s’y former.
Les jeunes ont plus que par le passé la responsabilité d’assainir l’espace numérique. Parce qu’ils sont plus aguerris que les adultes dans la maîtrise des nouveaux médias, ils doivent leur montre la voie et s’engager à repousser toutes sortes de violences et manipulations. Il est important que les jeunes soient des vecteurs de paix en ligne.
